Jean-Patrick Gille, l’homme qui doit sauver les festivals

Article publié dans le journal La Croix du 09 juin 2014

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Peut-il réussir ? Missionné par Matignon pour « répondre à certaines inquiétudes exprimées sur la situation des intermittents du spectacle », le député socialiste d’Indre-et-Loire Jean-Patrick Gille, 52 ans, a 15 jours pour remettre au gouvernement des propositions susceptibles d’enrayer la fronde des artistes et techniciens, qui demandent au gouvernement de ne pas agréer la nouvelle convention d’assurance chômage, qui doit entrer en vigueur au 1er juillet.

Le spectre de l’été 2003

Ce n’est pas gagné. Denis Gravouil, le secrétaire de la CGT spectacles, qui a lancé un mot d’ordre de grève pour le 16 juin, a salué dans cette nomination « une brèche qui s’ouvre dans le refus du gouvernement ». Mais il a aussi réaffirmé que « ce n’est justement pas le moment de cesser de se mobiliser ».

Appel entendu à Montpellier, qui a reconduit dimanche 8 juin la grève qui paralyse depuis le 3 juin le 28e Printemps des Comédiens. Le spectre de l’été 2003, marqué par l’annulation des festivals d’Avignon, d’Aix-en-Provence, ainsi que des Francofolies de La Rochelle, est dans tous les esprits.

Un ancien des « amis de la terre »

Pour mener cette mission délicate, le gouvernement a choisi un élu plus technicien que politique, qui, bien que faisant partie des 41 députés frondeurs qui se sont abstenus lors du vote du plan d’économies de 50 milliards, ne se situe pas non plus à l’aile gauche du PS.

Après avoir commencé à militer dans le mouvement écologiste des Amis de la terre, Jean-Patrick Gille, qui défendra toujours la sortie du nucléaire, entre au Parti socialiste en 1986, où il se rapproche des jospinistes puis des aubristes.

Chargé de mission à la Direction de la formation professionnelle du conseil régional du Centre, il devient premier adjoint au maire de Tours, quand le PS prend la ville à la droite, en 1995. Mais il démissionne en 2007 pour devenir député après avoir ravi la circonscription à l’ancien ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres.

Un spécialiste de l’insertion et de l’emploi

Jean-Patrick Gille, qui est aussi président de l’Union nationale des missions locales et a été cette année rapporteur de la loi sur la formation professionnelle. Au parlement, il se fait un nom comme spécialiste des questions d’insertion des jeunes et d’emploi.

C’est d’ailleurs à ce titre que celui qui confesse des goûts culturels « normaux, plutôt éclectique, qui vont de Muse à Puccini » rédige, en mars 2012, un rapport sur les conditions d’emploi dans les métiers artistiques.

Consensuel, ce rapport, où il estime que le surcoût des règles spécifiques d’indemnisation des chômeurs intermittents n’est pas de 1 milliard d’euros mais de 320 millions, le fait connaître favorablement dans les milieux culturels.

Il suit donc avec attention la grogne des intermittents contre la nouvelle convention Unédic, négociée le 22 mars par les partenaires sociaux, qui durcit le délai de carence entre le salaire et l’indemnisation comme le plafond du cumul possible entre salaire et emploi.

Il ne jouera pas le « pompier »

Il est aussi aux premières loges quand l’accord de mars est réécrit en mai par la CFDT et le Medef, pour être moins défavorable aux plus précaires des intermittents. Et il est enfin présent à la réunion informelle organisée mardi 3 juin à l’Assemblée avec le ministre du travail François Rebsamen et la ministre de la culture Aurélie Filippetti.

Mais un tweet, daté du 4 juin, où il soutient « la proposition de F Rebsamen d’agréer la convention Unédic » fait grincer des dents chez les intermittents.

« Ce que je voulais dire, c’est que je comprends la position du ministre, qui entend agréer une convention parce qu’elle est utile à l’ensemble des chômeurs. Ça ne veut pas dire que cette convention est super pour les intermittents », explique-t-il aujourd’hui.

Celui qui ne se voit « pas du tout comme un pompier » considère que son rôle « va être d’apprécier ce qu’on peut faire bouger » d’ici à la fin du mois de juin.

La voie étroite

De fait, la voie sera étroite entre le gouvernement, qui peut difficilement se désavouer après avoir dit plusieurs fois qu’il comptait agréer la convention, les intermittents qui demandent justement au gouvernement de ne pas le faire, et les partenaires sociaux, notamment la CFDT et le Medef, qui non seulement sont normalement seuls décisionnaires sur l’Unédic mais ont déjà réécrit une fois leur accord.

Une porte de sortie réside peut-être dans une des clauses de l’accord Unédic du 22 mars, qui prévoit une concertation « avant la fin de l’année 2014 » entre État, patronat et syndicats « sur les moyens de lutter contre la précarité dans les secteurs visés par les annexes VIII et X, notamment en favorisant le recours au CDI, ainsi que sur la liste des emplois concernés ».

Une concertation que Matignon promet d’entamer dès cet été. Mais il lui faudra sans doute en muscler considérablement le contenu pour convaincre les intermittents.

NATHALIE BIRCHEM

3 commentaires

  1. Bonjour,

    OUI, au sujet des Festivals…! … on a entendu parler de vous au moins 3 fois dans la journée de Dimanche , sur France Culture !!!

    Bon courage…

    mc Thibaud

  2. Monsieur le député,
    Je lis dans la Nouvelle République que nous ne sommes pas dans le même contexte que 2003. Qu’il n’y a donc pas de raison de menacer les festivals.
    Mais pour avoir été de ceux qui étaient à Avignon lors de l’Annulation, je peux vous garantir qu’aucun d’entre nous n’a oublié ce que nous avons perdu cet été là.
    Vous avez reçu la CIPIDF à l’assemblée, vous savez donc que ce mouvement est historiquement imbriqué à la réforme de 2003.
    Notre mobilisation n’a pas faibli depuis, au contraire, elle s’est structurée. Au delà de la colère, nous avons développé une expertise qui dépasse celle de nombre d’élus et de représentants syndicaux. Nous sommes porteurs projets, de modèles et d’espoirs que le gouvernement a laissé piétiner.
    Ce n’est ni le même scénario, ni un nouveau scénario, c’est une suite.
    Bien cordialement,
    B Faivre
    Musicien

  3. Bon courage Jean Patrick

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