INTERVIEW Jean-Patrick Gille, UNML pour AEF : Garantie jeunes, relations avec les Régions, plan «500000»

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A l’occasion de la Semaine nationale des Missions Locales, interview de Jean-Patrick Gille, président de l’UNML par AEF. « L’État nous a fait confiance pour la mise en place de la Garantie jeunes et nous sommes en train de relever ce défi », a affirmé dans un entretien à l’AEF Jean-Patrick Gille, président de l’UNML, à l’occasion de la Semaine des Missions Locales, organisée du 9 au 17 mars 2017. Il souligne néanmoins que son financement « reste problématique, même si le modèle économique a été un peu sécurisé ». Le réseau souhaite « travailler davantage avec les régions ». D’autant que le réseau est « bien constitué » et donc en « capacité de discuter avec [les] interlocuteurs, notamment régionaux ». En revanche, Jean-Patrick Gille, par ailleurs député d’Indre-et-Loire, n’est pas favorable au transfert d’une partie des crédits de l’État attribués aux Missions Locales vers les régions qui n’apporterait « rien sauf de la complexité ». Myriam El Khomri, ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, et Régions de France ont d’ailleurs annoncé dans un communiqué commun le 15 mars qu’il n’y aurait pas de délégation pour le moment.

Article d’Alexandra Turpin, diffusé avec l’aimable autorisation de AEF

Pourquoi organiser la Semaine nationale des Missions Locales ?

Jean-Patrick Gille : L’objectif est de mieux faire connaître les Missions Locales au grand public, dont les jeunes et leurs parents, ainsi qu’à nos partenaires, aux pouvoirs publics, aux collectivités territoriales. C’est la deuxième édition de cette semaine, qui a déjà eu lieu l’année dernière. Certains ne savent pas, précisément, en quoi consistent les Missions Locales. Il faut mieux faire connaître la diversité du travail effectué : nous gérons de grands programmes, comme la garantie jeunes ou les emplois d’avenir, nous portons aussi les programmes des régions ou des départements. Nous voulons valoriser l’ancrage territorial des Missions Locales et toutes les initiatives portées.

Cette année, nous avons fixé un thème : le partenariat avec le monde économique. Les Missions Locales vont donc mettre en évidence le travail de médiation avec les employeurs, par exemple les diagnostics de territoire, la connaissance des entreprises du territoire, l’action de chargés de relation entreprises des Missions Locales qui accompagnent les employeurs dans leurs recrutements, les visites d’entreprise et job datings…

Cette dimension n’est pas assez connue. Les Missions Locales ont connu un grand tournant, en 2005, avec le Civis. Nous avons alors dépassé notre pratique d’accueil, d’accompagnement, pour mettre un pied dans l’entreprise. À l’époque, il y avait un débat sur ce rôle, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Nous étions dans une logique de lever les freins à l’embauche avant tout. Aujourd’hui, le jeune est plus rapidement mis en situation de travail, quitte à ce que cette situation soit protégée, et c’est à partir de cela qu’il est le mieux accompagné.

Plusieurs rapports ont insisté sur la nécessité de structurer davantage le réseau des Missions Locales. Où en êtes-vous ?

Nous sommes un réseau autonome, associatif et aujourd’hui bien constitué. Il est piloté mais de façon souple. Notre structuration est aboutie avec une association régionale par région. Nous avons constitué une conférence des présidents des ARML, à côté des instances de l’UNML. Nous avons donc, dans chaque région, une association régionale, avec un président régional : soit 13 présidents métropolitains plus les DOM. Il y a une équipe autour de chaque président.

Nous sommes donc en capacité de discuter avec nos interlocuteurs, notamment régionaux. Si certains souhaitent davantage de coordination, nous pourrions avoir davantage de moyens. Tout compris, nous disposons d’environ quatre millions d’euros pour financer tout le réseau des associations régionales de missions locales, ce qui est peu pour développer l’animation d’un réseau de 446 associations.

La carte des régions ainsi que les majorités politiques ont changé dans les régions à la suite des élections fin 2015. Comment travaillez-vous avec les régions ?

Nous souhaitons travailler davantage avec les régions et la Semaine nationale des Missions Locales peut être une opportunité en ce sens, afin qu’elles comprennent mieux notre travail. Certains élus sont arrivés, il y a un peu plus d’un an, en proposant une baisse des crédits pour les Missions Locales. Cela s’est, aujourd’hui, calmé. Certains exécutifs pouvaient avoir une vision un peu datée, floue des Missions Locales.

Nous allons discuter avec chaque région et aussi avec Régions de France [ex-ARF]. Il faut qu’elles repèrent bien les ARML, leur interlocuteur régional pour le réseau des Missions Locales.

Les régions sont en train de bâtir leur CPRDFOP. Il y aura, ensuite, une convention à signer avec les Missions Locales pour la mise en place du dispositif. Elles peuvent aussi travailler sur le CEP (conseil en évolution professionnelle).

Certaines régions semblent vouloir aller plus loin, en exerçant davantage de compétences sur le champ de l’emploi, notamment dans le cadre de la loi Notre. Qu’en pensez-vous ?

Les régions investissent de plus en plus ce champ de l’orientation et de l’accompagnement, depuis longtemps, et c’est une très bonne chose. Elles participent notamment au financement des Missions Locales et nous sommes heureux de travailler avec elles. En revanche, j’ai cru comprendre qu’il y avait une demande de transfert d’une partie des crédits de l’État attribués aux missions locales vers les régions et nous n’y sommes pas favorables. Cela ne nous apporterait rien, sauf de la complexité. Et il n’est pas garanti que l’argent qui serait passé de l’État aux régions reviendrait bien aux Missions Locales.

Nous saluons l’augmentation des crédits de la CPO (convention pluriannuelle d’objectifs) conclue avec l’État. Ce n’est pas le moment de basculer vers les régions une partie de ces crédits. Nous voulons plutôt avancer, faire nos budgets.

Missions Locales : pas de délégation pour le moment (Communiqué de presse conjoint du 16 mars dernier de la ministre du Travail, de la Formation professionnelle et du Dialogue social et de Régions de France)

Concernant les missions locales, Myriam El Khomri indique que « la situation n’est pas encore aboutie pour envisager des délégations de compétences ». Elle mentionne ainsi le contexte marqué par la rénovation du droit à l’accompagnement et la généralisation de la garantie jeunes. Toutefois, la ministre du Travail estime qu’elle « pourrait réexaminer cette question dès lors qu’un dialogue engagé entre Régions de France et les représentants des missions locales permettrait de dégager une position commune ».

Quelle est, aujourd’hui, la situation financière des Missions Locales ?

Les problèmes financiers sont plutôt derrière nous. L’augmentation liée à la CPO est un sujet de satisfaction. Il reste cependant une difficulté pour le financement de l’accompagnement des jeunes en emplois d’avenir. Sur les 25 millions d’euros reconduits, il faut aller chercher 15 millions d’euros dans les budgets européens. Cela complique largement la tâche.

Le financement de la Garantie jeune reste problématique, même si le modèle économique a été un peu sécurisé. Si on ajoute les financements de la CPO et de la Garantie jeune, les crédits de l’État à destination des Missions Locales ont doublé en cinq ans. Bien sûr, les missions vont avec puisque ce n’est pas à périmètre constant, mais il faut savoir le reconnaître.

La Garantie jeune est généralisée depuis le 1er janvier. Comment se passe la mise en place ?

L’État nous a fait confiance pour la mise en place de la garantie jeunes et nous sommes en train de relever ce défi. Nous avons d’abord expérimenté le dispositif : comme d’habitude, cela a été accéléré mais pas trop. Nous avons quand même mené un travail d’expérimentation. Nous sommes très satisfaits de ce dispositif dans sa conception même s’il est lourd administrativement : un accompagnement renforcé, une approche territoriale, un moment collectif. Nous sommes dans les fondamentaux de notre travail.

Comme il s’agissait, jusque-là, d’une démarche volontaire, tous les jeunes qui ne sont pas entrés dans le dispositif sont les plus prudents. Notre démarche est de les accompagner, de les rassurer. Le réseau est très fortement mobilisé, en particulier sur les partages d’expérience, pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. Nous avons notamment organisé une journée d’échanges de pratiques entre les Missions Locales, le 27 février. Quand la Mission Locale se prépare à intégrer le dispositif, il y a des interrogations. C’est une approche différente, avec des locaux pour le collectif, du personnel différent.

Il y a un investissement important mais cela se passe bien. Je souligne néanmoins qu’il ne s’agit que de 5 % de notre public, même si cela absorbe plus de 5 % de notre énergie.

Lors de la journée du 27 février, certains représentants des Missions Locales mettaient en avant les difficultés générées par la garantie jeunes sur les équipes…

Ceux qui sont dans le dispositif depuis le début envoient des messages très positifs sur les résultats. C’est une question d’organisation. Quand l’ensemble de l’équipe est mobilisé, la charge de travail est mieux répartie. Cela fait réfléchir tout le monde sur ses pratiques et c’est une vraie réponse pour les jeunes concernés.

Il y a une culture commune forte qui s’est développée. Il n’y a plus d’interrogation du type « faut-il le faire ou non ? », mais plutôt « comment mettre en place et articuler avec le reste ? ». La branche professionnelle a décidé de prolonger l’Edec passé avec l’État pour financer la formation des conseillers qui vont mettre en œuvre la garantie jeune. C’est ainsi 150 conseillers qui sont en cours de formation au premier semestre.

C’est un dispositif lourd, administrativement mais nous avons eu des contacts utiles avec la DGEFP sur ce point. Le rôle de la commission, qui était chargée d’examiner les demandes d’admissions, a été modifié. Elle gère uniquement les cas dérogatoires et les décisions de fin d’accompagnement, ce qui diminue la charge administrative.

Avant, nous étions financés à 70 % sur le nombre de jeunes entrés depuis plus d’un mois, 20 % sur le résultat, 10 % sur le reporting. Maintenant, le financement sur le nombre de jeunes représente 80 %, ce qui sécurise la base du financement. Cela s’applique, non seulement aux jeunes rentrés en 2017, mais aussi aux jeunes rentrés en 2016 et qui sortent en 2017.

Comment avez-vous participé au « plan 500 000″ formations pour les chômeurs ?

Les Missions Locales ont joué le jeu et c’est normal. Le tiers des jeunes orientés en formation dans le cadre des politiques des régions le sont par les Missions Locales. L’orientation des jeunes en formation fait partie de nos métiers mais nous aurions aimé être davantage associés.

Dans l’organisation du plan, dans les discussions, ce sont surtout les régions et Pôle emploi. Nous avons rempli notre rôle mais nous n’avons pas eu de crédits supplémentaires alors que les Missions Locales ont renforcé le travail d’orientation et aussi l’accompagnement du jeune. Il faut le préparer avant, pendant et après sa formation. Cela demande du temps.

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